Le Gag

Résumé : La notion de gag n'appartient pas en propre à la bande dessinée. Il y a des gags au cinéma, ils caractérisent même un genre de cinéma, le cinéma burlesque. Il y a des gags à la télévision, pensez aux « vidéo-gags ». Il y a, depuis beaucoup plus longtemps, des gags au théâtre et dans tous les arts vivants qui mettent en scène le corps d'un acteur, le cirque notamment. Si l'on suit l'analyse célèbre du rire par Bergson, le gag n'appartiendrait pas même au seul domaine esthétique. Le premier événement qu'il donne en exemple dans son essai est, on le sait, une scène de rue : Un homme, qui courait dans la rue, trébuche et tombe : les passants rient […]. Une pierre était peut-être sur le chemin. Il aurait fallu changer d'allure ou tourner l'obstacle. Mais par manque de souplesse, par distraction ou obstination du corps, par un effet de raideur ou de vitesse acquise, les muscles ont continué d'accomplir le même mouvement quand les circonstances demandaient autre chose. C'est pourquoi l'homme est tombé, et c'est de quoi les passants rient. (Bergson, 1940 : 7) Le rire est provoqué par la soudaine raideur qui se pose sur le corps vivant et social : sa souplesse vivante et l'attention que l'homme lui applique par souci de sociabilité s'interrompent tout à coup pour ne laisser apparaître que l'inertie physique du corps. Cette analyse est connue et, si Bergson lui donne par la suite des développements propres aux formes artistiques élevées, elle s'applique d'abord et avant tout au simple événement de la chute. De ce point de vue, la bande dessinée pourrait n'être que l'enregistrement d'un événement par ailleurs banal dans la vie quotidienne. Prenons ainsi quelques cases de L'Etoile mystérieuse : Tintin y apercevant un homme louche sortant du cargo L'Aurore se lance à sa poursuite. Un cordage attaché à une bite d'amarrage retient son pied et il tombe à terre. En quatre cases, on retrouve exactement les éléments qui composent le récit bergsonien : course, trébuchement, distraction (Tintin est trop tendu vers le fuyard qu'il poursuit pour se préoccuper de son propre corps), vitesse acquise qui le font tomber à terre. Comme s'il ne s'agissait que d'une transposition de l'événement comique qui, dans la vie quotidienne, fait rire. Et pourtant, même ce simple gag n'est pas un « simple gag ». Tout d'abord parce qu'il s'insère dans le récit : l'homme a probablement laissé une dynamite sur le pont du bateau, dynamite que Milou éteindra heureusement en levant la patte dessus – et au fond en le « ratant », Tintin peut se consacrer à sa tâche essentielle qui est d'agir sur le bateau. Le gag redirige discrètement le récit qui se déployait inutilement dans une direction marginale. Surtout, il s'inscrit dans une série répétée de courses et de chutes : les personnages de L'Etoile mystérieuse ne cessent de
Type de document :
Article dans une revue
Neuvième art 2.0, Cité internationale de la bande dessinée et de l'image, 2015, Dictionnaire esthétique et thématique de la bande dessinée, 〈http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?rubrique77〉
Liste complète des métadonnées

Littérature citée [8 références]  Voir  Masquer  Télécharger

https://hal-univ-bourgogne.archives-ouvertes.fr/hal-01619699
Contributeur : Henri Garric <>
Soumis le : mercredi 29 novembre 2017 - 13:25:02
Dernière modification le : vendredi 23 février 2018 - 12:18:07

Fichier

GAG.pdf
Fichiers produits par l'(les) auteur(s)

Identifiants

  • HAL Id : hal-01619699, version 1

Collections

Citation

Henri Garric. Le Gag. Neuvième art 2.0, Cité internationale de la bande dessinée et de l'image, 2015, Dictionnaire esthétique et thématique de la bande dessinée, 〈http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?rubrique77〉. 〈hal-01619699〉

Partager

Métriques

Consultations de la notice

60

Téléchargements de fichiers

52